Les oubliés

Ce sont des rescapés, accrochés aux restes d’un vaisseau géant ayant traversé les époques et les tempêtes, qui dérive les voiles en lambeaux et le gouvernail brisé. Dans l’énorme coque dépeuplée leurs mains s’affairent, frappent le métal, tirent des tubes pour s’assurer que le voyage continuera. Ils modèlent la matière d’une prise implacable alors que leur esprit a enjambé le bastingage depuis longtemps et court le vaste monde. Leurs oreilles bruissent encore de la fureur du dernier assaut qu’ils ont essuyé, et ils sont désormais las des combats. Ils ont erré jusqu’à se perdre dans un temps qui n’était pas le leur.

J’ai cherché des individus et leurs regards dans les énormes hangars industriels, mais j’y ai surtout rencontré des machines. Les gens étaient restés quelque part derrière, présents mais comme privés de parole