Habités

 

Je suis allée vers eux et ils m’ont laissé entrer, là-bas, dans les bidonvilles autour de Belgrade. Là-bas, tout est fluide, rien n’est figé, ni le sol ni les murs. Là-bas on ne rentre pas dans une maison, on franchit juste un passage incertain vers un autre monde. Je suis entrée, j’ai écouté, j’ai regardé, parfois au travers de mon objectif et parfois non. J’ai été meurtrie par des choses qui me semblaient trop cruelles pour que les enfants et les gens les vivent. Je me suis souvent demandé où ils trouvent la force de commencer leur journée, là, sur la décharge de la grande ville. Et j’ai vu que ce n’est pas juste de la force. Il y a une véritable joie, un rayonnement de vie. Un matin un garçon me montre ses nouvelles chaussures, un peu grandes mais bien quand même. Sa petite sœur arrive toute fière, avec un grand sourire : « C’est moi qui les ai trouvé dans la poubelle ! » Le soleil est revenu d’un coup dans mon cœur.